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La scène ne sauvera pas les auteurs-compositeurs...

15 Juillet 2010 , Rédigé par Gildas Lefeuvre Publié dans #Spectacle vivant

La scène ne sauvera pas les auteurs-compositeurs, titre la Sacem à la Une de la nouvelle édition de MagSacem, le magazine de ses sociétaires, dans laquelle elle consacre un dossier au spectacle vivant. Elle mettait pourtant en avant, dans une étude inédite publiée en avril, le dynamisme du secteur spectacle, dont la part dans les perceptions de droits est passée de 7,3 % en 2003 à 10,3 % en 2009, affichant ainsi une croissance régulière, en valeur, plus rapide que celle des autres perceptions, avec un nombre de séances en progression de 23 % depuis six ans et des répartitions en hausse de 25 % sur la même période. La situation serait-elle si inquiétante pour les créateurs ? Analyse de la Sacem :

De profondes disparités

« En dépit de chiffres globaux encourageants, le secteur du spectacle vivant recouvre de profondes disparités. Dispersion des lieux, concentration des capitaux et financements en berne fragilisent les revenus de certains auteurs-compositeurs » relativise aujourd’hui la Sacem, pour laquelle l’adage selon lequel la scène se porte bien tandis que le disque est en crise ne résiste pas à une analyse approfondie. Les vingt tournées les plus importantes concentrent jusqu’à 60 % du revenu total du secteur, le reste étant généré par une multitude de petites économies aux profits plus incertains.

« La scène se porte bien si l’on parle de Mika ou de Muse, qui sont passés du côté de l’industrie culturelle. Mais si l’on parle de Claire Diterzi ou de Syrano, qui ne représentent pas des gros chiffres de ventes de disques, cela fonctionne beaucoup moins bien » explique Sylvain Baudriller (Bleu Citron). « Certains artistes qui tiraient de forts revenus de leurs ventes de disques ont cherché à compenser la perte liée à la crise en augmentant leurs cachets de scène, ce qui a asséché les budgets des programmateurs. Cela s’est fait au détriment des budgets alloués aux artistes en développement qui remplissent moins les salles », ajoute Sébastien Zamora (Zamora Productions).

Le public continue d’affluer aux grands spectacles mais « la flambée du prix des places, conséquence de l’augmentation des cachets, a grevé en partie le budget potentiellement consacré à d’autres artistes » relève la Sacem, avec un effet immédiat chez certains tourneurs forcés de réduire leur activité (Zamora Productions a vu son chiffre d’affaires pour les concerts vendus en contrats de cession baisser de 40 % l’an dernier).

Une « classe moyenne » d’artistes en train de disparaître ?

Frilosité des programmations (qui privilégient soit des artistes installés qui remplissent les salles, soit des nouveautés qui « buzzent », « entre les deux, c’est très difficile » constate Sylvain Baudriller) et manque de moyens (réforme de la fiscalité, réduction des subventions publiques…) conduisent de nombreux promoteurs locaux à faire l’impasse sur certains artistes en développement. La Sacem évoque aussi la désertion des salles par un public peu curieux, « en attestent les efforts de billetterie de certaines salles, ou les cartes étudiant mises en place dans certaines régions mais qui, malgré un prix modique, trouvent peu de preneurs ». 

Le fossé continue de se creuser entre les artistes qui tournent dans les réseaux subventionnés, et ceux qui opèrent par eux-mêmes, en ayant la possibilité d’imposer leurs dates, leurs salles et le prix des billets. « C’est un peu comme si la « classe moyenne » des artistes était en train de disparaître », résume Sébastien Zamora. La réduction des budgets des salles subventionnées pourraient accélérer la disparition des artistes qui n’ont pas le potentiel de billetterie suffisant. Didier Veillault, directeur de la Coopérative de Mai (Smac de Clermont-Ferrand) se dit en voyant le nombre d’artistes qui sont sur la route : « Comment vont-ils pouvoir tous se produire et conserver ainsi leur statut d’intermittent ? ».

Pour la société des auteurs-compositeurs, il appartient aussi aux artistes de redynamiser l’activité scénique, à l’instar du rappeur Sefyu (Victoire de la Musique révélation du public en 2009) qui n’entend pas se reposer sur ses ventes de disques, ou de Ben l’Oncle Soul pour qui la scène est indispensable (« Avec cette crise, on revient finalement aux fondamentaux, aux concerts, avec l’espoir d’en vivre. Faire un disque et attendre que ça se vende, je n’y crois pas une seconde » dit-il).

Imaginer le futur

Parmi les pistes de solutions évoquées : la rationalisation des effectifs de certains centres culturels, la remise en cause du statut d’intermittent contre un système à l’anglaise « où les artistes ont aussi un métier à côté », le développement des captations (le futur du live ? interroge la Sacem, en soulignant que « la problématique est alors de parvenir à répartir équitablement les moyens entre artistes, labels et producteurs de spectacles, ces derniers ayant bien souvent tendance à être oubliés dans l’équation, en dépit de leur rôle et du risque qu’ils sont les premiers à supporter »).

Au-delà, il s’agit de développer un autre rapport à la consommation (par un système d’abonnement comme au cinéma qui inciterait plus facilement le public à la découverte, propose Sébastien Zamora), de resserrer les liens entre les acteurs de la filière musicale, d’imaginer des passerelles entre jeunes talents et artistes installés, promoteurs internationaux et tourneurs locaux, de mettre en place des stratégies croisées (la tournée du Chantier des Francos à l’automne prochain en est un exemple)… Plus globalement, « et si l’avenir de la profession était dans la mutualisation des compétences, au-delà des exigences concurrentielles du secteur ? » interroge Gérard Pont, directeur des Francofolies de La Rochelle. Il n’est pas le seul à le penser.

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