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Tout a déjà été dit sur Jean Ferrat, décédé le 13 mars à l’âge de 79 ans. Mais comment ne pas revenir sur la disparition de l’un des derniers géants de la chanson française ? Monstre sacré comme le furent Brel, Brassens et Ferré, l’homme était un chanteur engagé, longtemps compagnon de route du parti communiste (sans en avoir jamais été membre et tout en gardant ses distances avec Moscou), un poète et un profond humaniste.
Né à Vaucresson dans une famille juive d’origine russe, Jean Ferrat (de son vrai nom Tenenbaum), avait été sauvé à 11 ans par des militants communistes lorsque son père est déporté à Auschwitz. Il ne l’oubliera jamais. Prix Sacem en 1961 pour son premier 33 tours, Prix de l’académie Charles Cros en 1963, Grand prix Sacem de la chanson en 1994, Jean Ferrat, auteur discret mais prolifique, a composé et interprété près de 200 chansons, mêlant textes engagés et poésie, parmi lesquelles « Ma môme », « Nuit et brouillard », « La montagne » (1964, son plus grand succès populaire), « Potemkine », « La femme est l’avenir de l’homme », « Aimer à perdre la raison »... sans oublier ses hommages à Aragon. L’album « Ferrat chante Aragon (1995) se vendra à 2 millions d’exemplaires.
Le chanteur, qui a toujours refusé le star system, vivait retiré dans son village d’Antraigues-sur-Volane en Ardèche. Depuis les années 70, il se faisait rare, tant en concerts (très occasionnels) qu’en disque (dont les parutions se faisaient de plus en plus espacées). Mais ses rares apparitions TV constituaient des pics d’Audimat et les ventes de ses albums atteignaient des scores plus qu’enviables. La dernière compilation de ses succès (57 titres), parue en octobre dernier, a dépassé les 200 000 exemplaires.
Jean Ferrat était sorti de son long silence pour une apparition TV en 2003 dans l’émission de Michel Drucker « Vivement dimanche », au cours de laquelle il avait violemment critiqué l’industrie du disque. On se souviendra de sa voix chaude et grave, de sa moustache grise et de ses coups de gueule contre la censure (dont certaines de ses chansons furent l’objet) et la dictature du Top 50. Souffrant d’un cancer, il ne se montrait plus depuis deux ans. Il laisse une vingtaine d’albums studio et une quinzaine de compilations.
Nombreuses réactions
La disparition de Jean Ferrat a suscité de nombreuses réactions. « C’est un grand nom de la chanson française qui disparait », a commenté le président de la République Nicolas Sarkozy. « C’est aussi une conception intransigeante de la chanson française qui s’éteint. Farouchement attaché à sa liberté et à son indépendance, il a toute sa vie pensé et vécu son art comme un artisanat, privilégiant constamment l’authenticité et l’excellence à la facilité consumériste des standards commerciaux » a-t-il ajouté. « C’est un pan entier de la musique française qui disparaît. Je salue l’artiste, l’humaniste et le militant » a déclaré Pascal Nègre, président d’Universal Music France. Pour le ministre de la Culture Frédéric Mitterand, « Jean Ferrat laisse le souvenir d’un chanteur indépendant et humaniste, tant par l’importance de l’œuvre qu’il nous laisse que par ses prises de position dans le débat social ». Pour Claude Lemesle, président du conseil d’administration de la Sacem, « Jean Ferrat était l’une des incarnations majeures de la chanson française de la deuxième partie du XXe siècle. Il était aussi l’un des mélodistes les plus accomplis de sa génération, qui a mis en musique parmi les plus beaux textes de la langue française, dont ceux d’Aragon, qui fut enchanté du résultat ».
Nous ajouterons ces quelques lignes (publiées dans l’Humanité) de son éditeur, producteur et ami Gérard Meys, avec lequel Jean Ferrat partageait la même intégrité et la même approche artisanale du métier. Respect.
« Depuis 1959, nous avons vécu ensemble le syndicalisme, les grèves, les premières invitations à la télé… Par principe, il n’acceptait pas de jouer gratuitement à la télévision ; il exigeait un cachet syndical, certes faible, mais qui, pour lui, relevait d’un symbole à ne pas abandonner : la rétribution du travail. Dès le début, il a tenu tête à la censure. Par exemple, il débarquait à la télé pour chanter en direct Potemkine. Il lui était instamment demandé de chanter autre chose. Jean refusait. Nous revenions avec maître Gisèle Halimi et un huissier, pour faire constater qu’on lui interdisait d’entrer dans les locaux, alors qu’il était programmé à l’antenne. Un jour, il a reçu une lettre du patron de la télévision demandant qu’il s’engage à ne pas se présenter aux élections municipales d’Antraigues ! Évidemment, Jean a boycotté l’émission. Nous nous battions ensemble contre tout ça. Jamais il n’est revenu sur les décisions que nous prenions. Certains lui rendent hommage aujourd’hui, alors qu’ils n’ont jamais été à ses côtés, à l’instar d’Hugues Aufray, qui a osé me dire : “Je ne travaillerai pas avec toi tant que tu travailleras avec Ferrat.” Il y a huit jours, Jean m’a tenu par la main, en me demandant de ne pas baisser la garde. Nous avions signé des accords du genre : ne pas faire d’émission télévisée où il chanterait seulement une chanson. Il tenait à pouvoir en interpréter plusieurs et avoir le temps de parler, d’expliquer ses positions. C’est ainsi que nous étions producteurs de ses dix dernières années de télé. Jean gardait une totale indépendance d’esprit. Pour moi, il incarne l’intégrité absolue. »
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Gildas Lefeuvre est depuis une vingtaine d’années un observateur privilégié de la filière musicale, de son marché et de ses tendances, de ses enjeux et de ses mutations.
Journaliste spécialisé, il a collaboré à de nombreuses publications B to B, dont Show Magazine, le Bulletin des Rotations, Radio & Musique Info, Radio Activité (Québec), Ecran Total, Notes (le magazine de la Sacem), L’Année du Disque, Francophonie Diffusion, Visa Permanent et Midem News. Il a lancé le bulletin Obs Line et fut rédacteur en chef de La Lettre du Disque avant d'assurer la rédaction en chef et la direction de la rédaction de Musique Info de 2001 à 2006.
Gildas Lefeuvre est par ailleurs auteur de l'ouvrage "Le producteur de disques" (Editions Dixit, 1994 et 1998). Fondateur de l'Observatoire du Disque et de l'Industrie Musicale en 1995, il a réalisé plusieurs études, notamment pour Zone Franche, l'European Music Office (Bruxelles) et le Sppam (Syndicat des producteurs de programmes audiovisuels musicaux).
Fréquemment sollicité pour des tables rondes, l’animation d’événements professionnels ou des conférences (Trempolino, PopKomm, mission économique de l’Ambassade de France à Séoul, Club Culture & Management, Electronic Business Group, BNF, Mimpi, EAC, PMC, Protoclip, Sacem, CNV, MaMA…), il mène aussi des actions de formation sur la filière musicale depuis une vingtaine d’années (Inirep d'Issoudun, Irma, EAC/Artis, Sorbonne Audiovisuel, Adiam 78, Fac Censier, Itemm, Virgin Academy, Domaine Musiques, Pitch Music Center, Addav 56, Culture & Développement…), en France et en Afrique (Abidjan, Ouagadougou, Lomé, Cotonou).
Gildas Lefeuvre est également consultant. Au cours de son parcours, des sociétés telles MCA International, M6, DocuSoft, FKGB, Arcade, Dial, BMG France, Virgin, CMI, les Editions Crayon Bleu, le Nomura Research Institute (Japon), musicMe, Universal Music, Reed Midem, diverses structures d'Europe de l'Est, des artistes, des porteurs de projets, des organismes professionnels et des parlementaires ont sollicité son expertise. Tout comme Reed Expositions France qui lui a confié la conception et l'organisation du programme de conférences du Salon de la Musique et du Son 2008.
Il a adopté depuis 2007 un positionnement atypique, se voulant à la fois transmetteur, agitateur d’idées et accélérateur de business. Œuvrant dans une logique de réseau sous l’intitulé de GL Connection, il se consacre principalement aujourd’hui à des activités de conseil, de formation, de coaching, de coordination de projets et d’accompagnement d’artistes.
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