Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /Mai /2007 13:38
Newsletter n° 23 - Vendredi 25 mai 2007
 
Après un parcours* dans les départements du ministère de la Culture (DMD, Drac, DMDTS), Catherine Giffard a succédé en novembre dernier à Antoine Masure (parti au Fonds de soutien du théâtre privé) à la tête du Centre National des Variétés (ex Fonds de Soutien devenu en 2002 établissement public industriel et commercial). GL Connection l’a rencontrée pour faire le point sur le CNV et ses priorités. 
 
Qu’est-ce qui vous a amené de la DMDTS au CNV ?
Catherine Giffard : J’ai un parcours* depuis 1987 dans la culture et les musiques actuelles. C’est un secteur artistique et social qui me convient. A mon âge, c’était ou passer à une administration centrale ou prendre la direction d’un établissement. A cela s’ajoute une motivation « politique ». Il me semblait que je pouvais, de par mon parcours, être ici utile. Je connais beaucoup de producteurs et d’artistes, c’est un milieu où je suis à l’aise.
 
Comment s’est passée votre arrivée et quels changements sont intervenus ?
Catherine Giffard : Le CNV était en période d’attente. Le départ d’Antoine Masure a été annoncé en mars 2006, je suis arrivée en novembre dernier et le décret de ma nomination n’est intervenu qu’en mars 2007... Ce qui a entrainé des inerties administratives. J’ai trouvé des finances très saines. Mais il a fallu remotiver l’équipe. Concernant le comité des programmes, mis en place depuis le changement de statut d’association à celui d’Epic, depuis mon arrivée, les responsables internes y participent. Par ailleurs, le CNV accueille désormais le programme des résidences. Il y a eu le toilettage du décret, la modification du conseil d’administration (avec un siège de plus pour les collectivités locales), les réunions locales…
 
Il y a deux ans, Jean-Claude Camus s’était notablement énervé contre ce qu’est devenu le CNV (qu’il avait pourtant appelé de ses vœux) et parlait de trahison du ministère…
Catherine Giffard : Je ne suis pas venue avec la casquette du ministère. Convenons, il est vrai, qu’il y a eu un manquement de l’Etat. Le ministère devait assurer son fonctionnement. On est passé de 1 million d’euros à 100 000 euros de subventions... La profession n’avait pas le choix et a tout à gagner de passer en Epic. Mais les promesses faites ont été remises en cause deux ans après, c’est regrettable. Voyons le positif : le passage de la parafiscale en taxe fiscale représente un avantage certain, car nous avons aujourd’hui toute la force d’un centre des impôts, même si cela entraine un peu plus de lourdeur dans le fonctionnement. Pour les perceptions directes, les délais ont été raccourcis, il y a une visibilité plus grande entre les affiliés et leur établissement, alors qu’auparavant la Sacem faisait écran.
 
Quelles sont vos priorités actuelles ?
Catherine Giffard : Trois projets importants sont en chantier cette année. Tout d’abord, la crise de la filière rend urgent que le secteur du spectacle montre sa réalité. D’où le développement de notre centre de ressources, qui publiera une deuxième édition de statistiques en juin. On pourra exploiter ses données d’une année sur l’autre. Nous avons lancé une enquête économique et sociale (avec CPNEF-SV, Irma, Fédurok, Sacem et ministère de la Culture dans le groupe de pilotage) dont nous connaîtrons les résultats début septembre. Le CNV va aussi lancer une enquête pour répertorier la population des détenteurs de licences, caractériser l’emploi des intermittents et les financements. Le Prodiss est partant.  
Deuxième axe : adapter régulièrement les aides à la profession. Concernant les premières parties (tout le monde est conscient de leur importance mais nous n’avons pas beaucoup de demandes), les aides sont désormais versées en une seule fois et le critère du public a été abaissé de 5 000 à 3 000 personnes (jauge de la salle x nombre de dates – NDLR). Nous allons aussi vers un assouplissement des conditions et la suppression du plafond. Par ailleurs, les demandes pourront bientôt être faites en ligne. Sans parler de la rapidité de versements des aides : quinze jours après la décision des commissions. Pour l’aide aux festivals, une redéfinition est en cours, à la demande des professionnels. Comment mener une vraie politique en la matière, entre les événements phares ou emblématiques et ceux qui émergent ? Qu’est-ce que la profession attend d’un festival ? Les critères seront plus pointus pour éviter le saupoudrage. Nous allons sans doute aider moins de festivals (80 ont été soutenus sur 130 demandes l’an dernier) mais de manière plus significative. Des aides qui représentent 1 % du budget de certains festivals, renouvelables tous les ans, ça n’a aucun sens…
 
Et vos tournées en région ?
Catherine Giffard : Le rapprochement du CNV avec les collectivités locales est justement notre troisième priorité. Pas de tour d’ivoire parisienne. Le CNV a la volonté de se faire connaître comme un outil qui n’est pas au seul service des professionnels. Nous poursuivons nos tournées en région, mais en associant désormais producteurs et élus. La première date cette nouvelle formule est fixée le 18 juin en Basse-Normandie, à Caën. Suivront les Pays de Loire et la Bourgogne, les 7 et 14 septembre). Avec des contacts plus « politiques » le matin (Drac, Conseil régional…) et des questions-réponses avec les professionnels l’après-midi. Enfin, nous menons toujours notre mission de conseil et d’assistance à maîtrise d’ouvrage, qui est peu affirmée car c’est difficile d’expliquer le rôle du CNV aux collectivités locales. Pourtant là, on est sûrs d’être utiles. Par ailleurs, nous voulons une clarification des frontières entre les spectacles qui relèvent du CNV et ceux qui relèvent de l’Association au Théâtre Privé, qui perçoit via la SACD, et une remise à plat du décret de 2004 qui classifie les spectacles. Nous poursuivons par ailleurs nos rencontres internationales, en partenariat avec le Bureau Export. Après le Québec, la Russie, l’Australie, le Portugal et l’Italie, nous recevrons des professionnels hollandais le 1er juin, avec exposés généraux le matin et rendez-vous bilatéraux l’après-midi. Le CNV est aussi sollicité pour aller à l’étranger présenter le marché français. 
 
Sentez-vous les effets de la crise du disque sur le spectacle vivant ?
Catherine Giffard : Il n’y a pas de baisse de fréquentation. Les financements sont plus difficiles, les tournées comptent moins de dates, il y a moins de tour supports mais nous n’enregistrons pas d’explosion des demandes d’aides. On a peut-être avancé des chiffres sans précaution… Il y a une augmentation de la taxe qui est liée au fait qu’on perçoit mieux. Avec notamment les concerts de Michel Polnareff et Michel Sardou, 2007 est une bonne année. D’un autre côté, des entreprises vont mal. Il y a les deux réalités. La CGT nous rappelle aussi les difficultés des intermittents. Le spectacle vivant est un secteur qui a la faveur du public mais qui reste économiquement fragile.
 
(*) Catherine Giffard a été chef du département de la création et des musiques d’aujourd’hui à la DMD (jusqu’en 1991), puis Directrice régionale des affaires culturelles de Franche-Comté, et chargée de l’action territoriale à la Mission de l’éducation artistique et de l’action culturelle du ministère de l’Education nationale. Depuis 2002, elle officiait à la sous-direction des enseignements et des pratiques artistiques de la DMDTS.
Par Gildas Lefeuvre - Publié dans : Spectacle vivant
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Gildas Lefeuvre est depuis une vingtaine d’années un observateur privilégié de la filière musicale, de son marché et de ses tendances, de ses enjeux et de ses mutations.

Journaliste spécialisé, il a collaboré à de nombreuses publications B to B, dont Show Magazine, le Bulletin des Rotations, Radio & Musique Info, Radio Activité (Québec), Ecran Total, Notes (le magazine de la Sacem), L’Année du Disque, Francophonie Diffusion, Visa Permanent et Midem News. Il a lancé le bulletin Obs Line et fut rédacteur en chef de La Lettre du Disque avant d'assurer la rédaction en chef et la direction de la rédaction de Musique Info de 2001 à 2006.

Gildas Lefeuvre est par ailleurs auteur de l'ouvrage "Le producteur de disques" (Editions Dixit, 1994 et 1998). Fondateur de l'Observatoire du Disque et de l'Industrie Musicale en 1995, il a réalisé plusieurs études, notamment pour Zone Franche, l'European Music Office (Bruxelles) et le Sppam (Syndicat des producteurs de programmes audiovisuels musicaux). 

Fréquemment sollicité pour des tables rondes, l’animation d’événements professionnels ou des conférences (Trempolino, PopKomm, mission économique de l’Ambassade de France à Séoul, Club Culture & Management, Electronic Business Group, BNF, Mimpi, EAC, PMC, Protoclip, Sacem, CNV, MaMA…), il mène aussi des actions de formation sur la filière musicale depuis une vingtaine d’années (Inirep d'Issoudun, Irma, EAC/Artis, Sorbonne Audiovisuel, Adiam 78, Fac Censier, Itemm, Virgin Academy, Domaine Musiques, Pitch Music Center, Addav 56, Culture & Développement…), en France et en Afrique (Abidjan, Ouagadougou, Lomé, Cotonou).

Gildas Lefeuvre est également consultant. Au cours de son parcours, des sociétés telles MCA International, M6, DocuSoft, FKGB, Arcade, Dial, BMG France, Virgin, CMI, les Editions Crayon Bleu, le Nomura Research Institute (Japon), musicMe, Universal Music, Reed Midem, diverses structures d'Europe de l'Est, des artistes, des porteurs de projets, des organismes professionnels et des parlementaires ont sollicité son expertise. Tout comme Reed Expositions France qui lui a confié la conception et l'organisation du programme de conférences du Salon de la Musique et du Son 2008.

Il a adopté depuis 2007 un positionnement atypique, se voulant à la fois transmetteur, agitateur d’idées et accélérateur de business. Œuvrant dans une logique de réseau sous l’intitulé de GL Connection, il se consacre principalement aujourd’hui à des activités de conseil, de formation, de coaching, de coordination de projets et d’accompagnement d’artistes.

 

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